• • JANVIER 2018 • La Vie sur une Réserve n'est pas Facile, c'est une Lutte contre le Suicide !

     

     

     "DES MESURES DÉSESPÉRÉES PRISES PAR LES NATIFS POUR RESTER AU CHAUD !" 


     "Ici, c’est comme si nous étions dans notre propre monde. 
     Nous n'avons pas l'impression d'être aux États-Unis, mais plutôt dans un pays du tiers monde." 

    Article publié dans HUFFPOST News (12 Janvier 2018)
    Native Americans Who Can’t Afford Heat Take Desperate Measures To Stay Warm,
    Par Eleanor Goldberg

    Traduction : Gwen Foeon & Stéphanie Medan

      

    Fatiguée de Lutter

    Comme les températures ont chuté plus tôt ce mois-ci en dessous de zéro sur la Réserve Indienne de Pine Ridge, du Dakota du Sud, une jeune fille s'est senti en avoir assez.

    Elle était fatiguée d’avoir froid dans sa maison alors que les températures baissaient, ce qui se produit souvent dans cette Région. Elle en avait assez de voir ses parents se démener constamment pour ramasser du bois pour chauffer leur maison.

    La jeune fille de 12 ans est allée dans la salle de bain et a fait une tentative de suicide.

    "Elle en avait marre de se réveiller glacée", a déclaré au HuffPost Jimmy Two Bulls, un habitant de Pine Ridge qui aide la Famille de la jeune fille. "La vie sur une Réserve n’est pas facile, c’est une lutte."

    Le taux de suicide a atteint des sommets dans le Dakota du Sud en 2017. Le Comté Oglala Lakota, où se trouve la Réserve de Pine Ridge, était l'un des cinq Comtés de l'État où les taux de suicide étaient les plus élevés. Les personnes qui ont de l'expérience en matière de dépression et de suicide sur la Réserve disent que cela est lié, en partie, aux conditions terriblement difficiles auxquelles sont confrontés les habitants.

    Bien qu'il n'y ait aucune indication que les suicides augmentent pendant l'hiver, les experts locaux disent que les conditions implacables de l'hiver peuvent mener au sentiment de désespoir. Une étude menée en 2016 par l'École d'Affaires Publiques Luskin de l’U.C.L.A. — Université de Californie à Los Angeles — a révélé qu'il existe une corrélation étroite entre le taux de pauvreté et les taux de suicide aux États-Unis.

    "C'est dur, et tout s’accumule", a déclaré au HuffPost Eileen Janis, 57 ans, qui co-dirige l’Organisation pour la Prévention du Suicide au sein de la Tribu des Sioux Oglala. "Et vous dites : "Au diable avec tout ça. Je veux juste mourir". "

    Pine Ridge, Dakota du Sud : Le suicide des jeunes sur la Réserve demeure une préoccupation pressante.
    Le "Programme de Prévention du Suicide" des Sioux Oglala, le seul existant sur la Réserve, mène des activités de sensibilisation,
    et collabore avec les Professionnels de la Santé et les Chefs Religieux pour intégrer les personnes à risque dans des Programmes appropriés.

    L'Organisation de Eileen Janis est le seul Groupe de Prévention du Suicide sur la Réserve. Elle et une seule autre conseillère, Yvonne DeCory, s’occupent des 40.000 habitants de la Réserve.

    Les deux femmes gardent leur téléphone en permanence, jour et nuit, près d’elles. Yvonne DeCory dit qu’il arrive qu’elles reçoivent 3 ou 4 appels pour des tentatives de suicide par nuit, tout au long de l’année.

    Pine Ridge, qui est plus grand que le Delaware et Rhode Island réunis, se trouve dans le 3e Comté le plus pauvre des États-Unis, le "Oglala Lakota County". C’est là que vivent les Oglala Lakota, une Tribu qui fait partie des Sioux Oglala. Le revenu annuel par habitant est estimé à $ 9.150, avec 80% des habitants sans emploi sur le Comté.

    La pauvreté omniprésente oblige les habitants à faire des choix impossibles : payer pour chauffer une maison, ou acheter suffisamment de nourriture pour nourrir la Famille, par exemple.

    Le suicide est le risque le plus grave dont les portes-paroles s'inquiètent pendant l'hiver. Mais ce n'est pas le seul. Les personnes vivant sans chaleur sont également sujettes à l'hypothermie, et les personnes les plus âgés de la Communauté sont particulièrement vulnérables parce que leur santé pourrait en être compromise. Ceux qui comptent sur les appareils de chauffage courent le risque d’incendie dans leur maison. Alice Phelps, 47 ans, Directrice du District Scolaire de Wounded Knee, a expliqué au HuffPost que les enfants qui n'ont pas accès à une chaleur suffisante ont du mal à dormir la nuit et ne sont pas capables de se concentrer à l'École.

    "Les enfants sont actifs à l'École. Mais quand on leur parle en tête-à-tête, ils disent généralement qu’ils n’ont pas bien dormi", a déclaré Alice Phelps, qui a grandi sur la Réserve. "Ils diront : "Je n'avais pas de couverture. Je l'ai donné à ma petite soeur. J'avais froid.” ça te brise vraiment le cœur.

    L'hiver est aussi le moment où les enfants apprécient le plus l'École, car le bâtiment est chauffé et on leur garantit au moins un repas chaud. La fréquentation frôle la totalité des effectifs à cette période de l'année, a déclaré Alice Phelps.

    "Ils veulent être à l'École", a déclaré Alice Phelps. "C'est chaud. C'est sûr. Leurs besoins immédiats sont satisfaits."

    La fréquentation est presque parfaite pendant l'hiver à la Wounded Knee District School, sur la Réserve Indienne de Pine Ridge,
    où les enfants les plus modestes ont désespérément besoin d'un répit. À l'École, on leur garantit de la chaleur et des repas chauds.
     

    Actuellement, Wounded Knee travaille à la construction d'un "Centre d'Accueil", un lieu qui pourra accueillir jusqu'à 10 enfants qui ont besoin d'un endroit sûre où passer la nuit, soit parce qu'ils sont victimes de maltraitance à la maison, soit parce qu'ils n'ont pas de chauffage, ou manquent d'autres ressources essentielles. Le bâtiment est pratiquement terminé, mais Alice Phelps travaille encore à l'embauche d'un membre du personnel pour le diriger.

    Cependant, même ceux qui, sur la Réserve, ont les moyens d'acheter du propane pour chauffer leur maison, ne peuvent en général pas en acheter suffisamment pour maintenir des températures supportables dans leur maison lorsqu'il fait en dessous de zéro degré, raconte Bob Claussen, propriétaire de la Société Bob's Gas, à Martin dans le Dakota du Sud, qui fait 72 km de trajet jusqu'à la Réserve lorsque c'est possible. Bob Claussen explique qu'il reçoit habituellement 15 "petites" commandes de propane — soit $ 150 la livraison de propane —. Mais cela permet de tenir seulement 3 semaines environ, ajoute t-il.

    Les enfants qui vivent dans des maisons surpeuplées sans chaleur suffisante ont souvent du mal à dormir la nuit,
    et ne peuvent pas se concentrer à l'École, a déclaré Alice Phelps, Directrice du District Scolaire de Wounded Knee.
    L'École travaille pour fournir les ressources nécessaires pour aider ses étudiants.


    Plusieurs Associations caritatives travaillent avec les fournisseurs afin d'obtenir du propane pour les Familles dans le besoin. Lakota Kidz, un Organisme qui fait des dons tels que des livres ou des vêtements, est l'un des Groupe qui travaille avec la Société Bob's Gas. Lakota Kidz offre de quoi tenir environ deux mois pour 30 Familles sur la Réserve.

    L'an passé, la Tribu des Oglala Lakota a reçu 1,2 million de dollars (2017 - LIHEAP Block Grant Funds - South Dakota, Oglala Sioux Tribe), dans le cadre du "Programme Aide Énergétique" pour les foyers à faibles revenus, il s'agit d'un Programme Fédéral qui aide les Familles défavorisées à payer leurs factures d'énergie et autres. Ces Fonds d'Aide (2018 - LIHEAP Block Grant Funds - South Dakota, Oglala Sioux Tribe) vont légèrement baisser cette année 2018.

    Outre ce combat pour avoir une maison chauffée, beaucoup d'habitants vivent aussi dans des maisons délabrées qui n'ont pas été construites pour faire face aux hivers rigoureux.

    La plupart des maisons de la Réserve Indienne de Pine Ridge ne sont rien de plus qu'une seule pièce,
    et ne sont pas équipées pour supporter les températures glaciales.

    Certaines de ces maisons n'ont qu'une seule pièce. Et dans plus de la moitié des maisons, de 3 à 4 Familles sont regroupées sous un même toit.

    N'ayant que peu d'alternatives, les habitants prennent des mesures désespérées pour rester au chaud. Certains laissent le four allumé. D'autres se réfugient dans leur voiture, ce qui accroît le risque d'intoxication au monoxyde de carbone.

    Les habitants entourent leurs fenêtres de plastique pour mieux isoler l'intérieur, nous dit Jeri Baker, fondatrice de l'Association One Spirit, Organisation caritative qui fournit du bois de chauffage aux personnes dans le besoin.

    L'Organisme rémunère 5 personnes pour ramasser du bois et le livrer aux Familles en difficulté ; les employés sont payés de $ 100 à $ 150 par mission. L'année dernière, l'Association a dépensé environ $ 11.000 en salaires et équipements, précise Jeri Baker.

    One Spirit, Association à but non lucratif embauche 5 résidents locaux pour couper du bois,
    et le livrer aux personnes dans le besoin sur la Réserve. Les employés gagnent entre $ 100 et $ 150 par livraison.


    Jimmy Two Bulls, employé par One Spirit, a grandi sur la Réserve et a encore la gorge nouée lorsqu'il raconte les conditions de vie qu'il a vues. Il est allé dans des maisons qui ont des trous béants dans le sol. Il a récemment rendu visite à une vieille dame qui n'avait pas de poignée sur sa porte d'entrée, et utilisait un torchon pour la maintenir fermée.

    Outre son travail au sein de l'Association, Jimmy Two Bulls donne ce qu'il peut, quand il peut.

    Récemment une vieille dame s'est approchée de lui avec un bocal en verre contenant $ 67 en pièces. Elle lui a demandé ce qu'elle pouvait s'acheter avec ces pièces. Jimmy Two Bulls lui a donné un chargement de bois gratuitement.

    "Partout, dit-il, c'est dur à voir".

    La Réserve se prépare à affronter une vague de froid et une éventuelle tempête. Les températures devraient chuter en dessous de 5° avec un vent glacial de -19°. Les portes-paroles et éducateurs prennent les mesures nécessaires, Eileen Janis et Yvonne DeCory ont expliqué qu'elles suivent Facebook afin de voir s'il y a des enfants en détresse, et elles donnent leur numéro de téléphone à autant de personnes que possible. D'autres au sein de la Communauté veillent sur les personnes âgées.

    "Tout le monde est en mode de survie, nous confie Alice Phelps, "ici, c'est comme si nous étions dans notre propre monde. Nous n'avons pas l'impression d'être aux États-Unis. C'est comme un pays du Tiers-monde".

     

    USA National Suicide Prevention Lifeline : 1-800-273-8255

    ⟹ Enquête UCLA Studying the Link Between Poverty and Suicides

     


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