Association Humanitaire créée pour aider les Enfants Sioux Laḱota de la Réserve de Pine Ridge, Dakota du Sud - USA.
Témoignage de Rosalie Janis
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Bonjour, mon nom est Rosalie Janis. Je suis Oglala Lakota, fille, soeur, mère et grand-mère, originaire de la Terre Lakota.
Alors que je suis assise ce matin, buvant ma tasse de café et écrivant cette lettre, je réalise que ce n’est pas moi qui écrit. Ce ne sont pas mes mots ni mes pensées mais celles du Grand Pouvoir. En tant que femme Lakota je ne raconte pas mon histoire, celle que je vois à travers mes yeux ou ceux de quelqu’un d’autre mais seulement avec la puissance du Grand Mystère.

Je ne peux pas dire “Notre Histoire, celle des Femmes Lakota” parce que nous partageons des similitudes et les enseignements mais nos expériences sont individuelles. C’est ce que disait une jeune femme qui venait de traverser de dures épreuves. Il lui était difficile d’aller vers quelqu’un qui ne partageait pas cette expérience car cette personne ne pouvait pas ressentir ce qu’elle-même ressentait. Elle ne pouvait pas voir ou imaginer la douleur et les luttes qu’elle allait traverser à l’avenir. Mais ce que cette jeune femme disait aussi c’est que ces épreuves l’aidaient maintenant à aider les autres qui avaient eu la même expérience qu’elle.
En tant que femme Lakota qui a élevé seule ses 3 enfants je remercie ma famille (Tiospaye) d’avoir été là pour m’aider. Je n’ai pas eu une vie parfaite, que ce soit en tant que femme ou en tant que mère isolée, et ce que je peux dire c’est que j’ai commis des fautes. Mais je suis allée de l’avant pour apporter des changements en vue d’une vie meilleure pour mes enfants et j’ai utilisé ces erreurs pour aider les autres à avancer de manière positive.

Je ne crois pas que mes erreurs de vie puissent être imputées à mes parents ou à quiconque est entré dans mon cercle. Je ne peux qu’accepter que ces erreurs soient le résultat de mon choix et parfois parce que cela devait être une expérience d’apprentissage tout au long de ma vie. Même les erreurs que l’on a commises soi- même ont une raison d’être. J’ai été élevée par mes parents qui ont travaillé dur toute leur vie et qui m’ont enseigné que je devais aller de l’avant dans une bonne et honnête voie pour devenir une bonne personne. L’Honnêteté était la chose la plus importante qu’ils nous enseignaient en plus d’être généreux et gentil ; garder notre Cœur ouvert de manière à aider les autres afin qu’ils s’entraident eux-mêmes.

Nous vivions dans un 2 pièces sans électricité, sans eau courante ni évacuation. Nous utilisions un vieux poêle à bois pour nous chauffer et cuisiner. Nous tirions l’eau d’une pompe située au sommet de la colline, en-dessous de la maison. Ma mère et mon père nous ont élevés tous les 9 dans cet environnement avec amour et en nous protégeant. Je ne sais pas comment ils ont fait ça. Mais toutes les familles sur les réserves vivaient comme ça à l’époque. J’ai eu une vie avec des blessures et des bonheurs mais je ne fais pas un focus sur mes épreuves. Je les utilise comme un outil d’apprentissage pour ne pas commettre les mêmes erreurs à nouveau.
Je n’aurais jamais pu avancer si je n’avais pas eu l’enseignement de mes parents et de mes grands-parents. Les enseignements n’étaient pas toujours des mots mais aussi des actes nous montrant l’amour et la sagesse. Par exemple, quand notre mère (Ina) nous a emmenés là où elle a grandi ; elle nous a raconté des histoires et nous a montré ce qui restait d’une ferme construite de la main de son père. La carcasse de cette maison qu’il avait construite, le réservoir d’eau qu’il avait construit : ils pouvaient avoir de l’eau fraîche et un grand potager. Il y avait une cave également ; ainsi ils pouvaient avoir de la nourriture tout l’hiver. La cave possédait un coin pour la glace issue de la rivière et ils pouvaient donc conserver les choses au frais.

Vous voyez, ils ont construit leur maison, mais à cause de l'avidité du gouvernement, ils ont dû partir et reconstruire. Cela ne les a pas arrêtés, et ils sont partis sans rien, car ils avaient l'amour de leur famille pour aller de l'avant. Beaucoup d’entre nous avaient trouvé de vieilles maisons sans toit, et prenaient ces coquille et construisaient une maison. Dans les récits de l'enseignement de mes parents, nous avons vu qu'ils travaillaient dur et parfois de longues journées pour subvenir aux besoins de leur famille. Je me souviens qu’ils sont allés au Nebraska pour ramasser des pommes de terre dans les champs. De mon grand-père qui leur a donné des vaches. je me souviens d'être restée avec mes grands-parents pour que mes parents puissent aller travailler. Je me souviens d'avoir porté des vêtements faits à la main et que seuls deux d'entre nous pouvaient aller en ville pour acheter de nouvelles chaussures ou de nouveaux vêtements.

Avec toutes les luttes et tous les travaux pénibles sont venus les enseignements de l'amour, de la compassion, de l'honnêteté et du partage. Je me souviens que ma mère faisait des tartes et en préparait quelques unes en plus pour que le voisin vienne les chercher. Je me souviens que mon père lui donnait sa dernière part de viande, puis sortait chasser et ramenait un faisan ou une dinde à la maison pour que nous puissions manger. Je me souviens aussi que mes parents et mes grands-parents se levaient à l’aube pour les corvées avant de partir au travail qui était souvent à des kilomètres de la maison. Mon père devait parcourir plus de 80 km ! Ce sont les leçons dont je parle. Pas toujours des mots, mais des actes. Je ne dis pas que je n'ai pas eu de traumatisme dans ma vie, car croyez moi, j'en ai eus. Mais, que faites-vous ?

Utilisez-vous le traumatisme de manière positive ou négative ? Moi, je l'ai utilisé, j'espère, de la bonne manière. De manière à trouver la compassion, l'amour et la gentillesse. Pour être cette femme Lakota qui sait et comprend que l'expérience de cette douleur, de ce traumatisme et de cet amour est ce qui va changer ne serait-ce qu'une seule chose. Savoir que l'on n'enlève pas la douleur, le traumatisme ou les expériences d'apprentissage de la vie des autres, mais qu’on les aide à traverser la vie qu'ils ont choisie ou qui a été choisie pour eux. Et, de savoir que ceux qui entrent dans votre vie ne sont pas de votre choix mais de celui du Grand Mystère. Savoir que l'endroit où vous vous trouvez n'est pas toujours de votre choix et savoir qu'il y a des moments où l'endroit où vous allez n'est pas toujours facile pour vous ou pour ceux qui se trouvent dans votre cercle à ce moment-là. Vous ne pouvez que prier et croire à ces prières, croire que vous n'êtes qu'un être humain et que ce n'est pas vous mais la Puissance Supérieure qui vous guide dans la direction où vous devez aller. Savoir que lorsque vous travaillez avec notre peuple, vous n'êtes pas là pour faire grandir votre ego mais juste là pour le Peuple de votre cœur et de votre âme et pour marcher sur la route de la prière.

Non seulement marcher sur cette route, mais y Croire et montrer l'action. On m'a appris à écouter et à réfléchir. Penser à mes actions, penser à ce que j’ai dit. A écouter les voix de nos aînés, écouter les chants des oiseaux, le son des arbres, du sol sur lequel nous marchons et écouter le silence. On m'a appris à me taire et à écouter. On peut apprendre beaucoup de choses en se taisant, en regardant, en écoutant. Il y a tant d'enseignements pour lesquels on ne sait pas écouter. Vous voyez, vous vous taisez, vous écoutez et la réponse viendra. Voulez-vous entendre parler de mes difficultés, de mes larmes, de mon expérience de mère isolée, de mon expérience avec l'alcool, la drogue, d’un départ sur un chemin qui n'est pas le bon ? Voulez-vous entendre parler des bons moments en famille, des rires, des histoires, des enseignements ? Tout est dans les mots que j'ai déjà prononcés plus haut. Ils m'ont fait traverser ces peines et m'ont permis de voir le bonheur que j'ai eu et que je continue à porter avec moi. Les enseignements sont dans le silence, les enseignements sont dans mes oreilles et dans mon cœur. Ils sont venus des voix de ceux qui sont venus dans mon cercle. Les enseignements sont issus de mes faiblesses et de mes forces. Ils sont pour vous, dans votre cercle, des enseignements qui vous sont donnés pour que vous les preniez et que vous êtes seuls à connaître. Je peux partager mes expériences de vie, et je le ferai, mais vous devez avoir vos propres expériences de vie pour apprendre et trouver cette compassion, cet amour, cette honnêteté et ce besoin de partager et d'aider.

C'est à vous d'accepter la force du Grand Mystère, peu importe qui Il est pour vous, pour vous ou pour vous.
Merci de m'avoir écoutée, merci de m'avoir ressentie, et merci de faire ce morceau de chemin de vie. Certains d'entre vous seront là pour certains d’entre nous si cela doit se faire.

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