• • 2007 • Les News de la Rez, La Danse du Soleil ! par le quotidien Français "Les Échos".


     

     09 FÉVRIER 2007 : 

     DANSE AVEC LES SIOUX 

     Cérémonie "Danse du Soleil" ! 

     

    Danse avec les Sioux
    Les Échos,

    Par Catherine Ducruet

     

    Préparatifs

    La Danse du Soleil !  La Danse du Soleil !

    Au centre de l'aire circulaire, maintenu par quatre cordes, se dresse un peuplier. Il est ébranché à l'exception d'une fourche dont les extrémités feuillues font penser à deux bras tendus vers le ciel. Ces branches et le tronc sont ornés de bandes de tissus multicolores que le vent agite par bouffées. Soudain, les tambours se mettent à jouer en cadence accompagnés de chants, déroulant une mélodie répétitive. Et les danseurs font leur entrée. Par l'est, les uns derrière les autres, dans le sens des aiguilles d'une montre.

                                                                              

    Ils sont nus jusqu'à la ceinture, le bas du corps dissimulé jusqu'aux chevilles par une sorte de pagne rouge. Leurs cheveux longs flottent sur leurs épaules ou sont attachés en nattes. Leur front est ceint d'une couronne de sauge enroulée de tissu rouge dans lequel sont plantées deux plumes. Ils soufflent par intermittence dans des sifflets en os d'aigle, accrochés par une lanière autour de leur cou et ornés d'un duvet blanc. C'est la première semaine d'Août dans le Dakota du Sud et la Cérémonie de la Danse du Soleil, rituel central de la spiritualité des Indiens Sioux Lakota, vient de commencer.

    Une Cérémonie Authentique

    Tous ceux qui s'abritent sous "l'arbor", sorte de tonnelle recouverte de branches de pin qui encercle l'aire sacrée de la danse, participent d'une façon ou d'une autre à la Cérémonie. Ils sont venus par familles entières de toute la réserve de Rosebud et des Réserves voisines mais aussi de jusque chez les Navajo ou même d'Europe pour encourager un membre de la famille ou un ami venu danser. A cette Danse du Soleil organisée par Leonard Crow Dog, homme-médecine célèbre, qui a longtemps été un des leaders de l'AIM — American Indian Movement — pour la défense des droits civiques des Indiens, il n'y a pas de place en effet pour les simples spectateurs — ni pour les photographes — afin d'en préserver l'authenticité.

    Les danseurs répartis tout autour du cercle sacré martèlent le sol en cadence, au rythme des chants et des tambours, rebondissant sur leurs talons, des bouquets de sauge ou des ailes d'aigle à la main. Une brise légère agite les plumes des coiffes des Chefs qui, posées sur des bâtons sacrés, s'alignent sur un rayon qui va du pied de l'arbre à l'autel-crâne de bison posé au sol au bord du cercle. Ce dernier rappelle que, à l'époque où les Indiens parcouraient librement les grandes plaines, la Danse du Soleil était avant tout une célébration de la chasse au bison. Si celle-ci appartient maintenant à un passé révolu elle n'en fait pas moins, sous forme symbolique, toujours partie intégrante de l'identité Sioux. Ainsi que la vénération des ancêtres. Pendant les quatre années qui suivent la mort d'un Chef, celui-ci continue ainsi d'être présent à la Cérémonie à travers son fauteuil, à gauche de l'autel, recouvert de sa couverture et orné de sa photographie.

    Aujourd'hui ce sont les aspects cosmiques qui l'emportent dans la célébration. Ils sont présents dans le retour cyclique des saisons, dans les quatre directions représentées par les couleurs noire, rouge, jaune et blanche, correspondant aux points cardinaux mais aussi maintenant aux couleurs de peau des différents peuples et à travers Wakan Tanka, le Grand Esprit Créateur.


    Black Elk

    Comme l'explique Clyde Holler, philosophe des religions, auteur de "La Danse du Soleil de Black Elk", l'enjeu central de la Danse du Soleil est le sacrifice. Tous les danseurs ont fait le voeu à Wakan Tanka, de souffrir dans leur chair. Dans sa forme la plus simple, l'accomplissement de ce voeu consiste à danser en plein soleil, sans nourriture ni boisson pendant les quatre jours de la Cérémonie, du lever au coucher du soleil. Au fil de la journée, d'ailleurs les torses ruissellent de sueur, rougissent sous le soleil.

    Si le courage et l'endurance figurent toujours parmi les vertus cardinales des Lakota, on chercherait en vain les silhouettes minces et sèches immortalisées par Curtis qui les symbolisent dans notre imaginaire. Chez la plupart des participants l'obésité fait des ravages, comme dans la Société Américaine pauvre à laquelle les Indiens appartiennent. Les colonisateurs blancs ne se sont pas contentés d'interdire très longtemps les Danses du Soleil dans leur volonté d'éradication de la culture indigène. Ils ne leur ont pas seulement donné des couvertures infectées par la variole. Ils ont aussi apporté les hamburgers, sodas et autres sucreries qui parachèvent leur oeuvre d'anéantissement physique et moral.


    Sacrifice et transe

    Pendant les pauses accordées aux danseurs, ceux-ci peuvent s'asseoir ou s'allonger là où l'arbor s'élargit pour former un auvent. Ils ont auparavant fumé la pipe sacrée avec des spectateurs. Et c'est l'occasion pour Léonard Crow Dog, qui en tant qu'intercesseur, "lien vivant entre participants et Dieu Créateur", avait monopolisé le micro, alternant l'anglais et le Lakota, de passer la parole à diverses personnes pour lesquelles la cérémonie revêt une importance particulière : anniversaire de deuil, voeu particulier. Ainsi une très vieille dame, toute menue dans son fauteuil roulant, s'engage dans un soliloque, où elle exhorte à lutter contre l'alcoolisme et les accidents de voiture qui déciment ses petits-enfants et la jeunesse en général.

                
                                                                                                                                       Leonard Crow Dog

    Elle confirme ainsi l'analyse de Clyde Holler, selon laquelle la danse du Soleil est de plus en plus vécue comme une épreuve "pour le bien du Peuple Lakota" voire de l'humanité en général et de moins en moins à des fins individuelles comme l'acquisition de pouvoirs chamaniques ou la guérison d'une personne. Nombre de Lakotas "continuent en effet de croire à la nécessité du sacrifice pour assurer la survie de la communauté elle-même mais aussi de la Terre tout entière", écrit-il.

    Il faut attendre les deux derniers jours de la cérémonie pour assister à la matérialisation la plus extrême du voeu de souffrir à l'occasion de laquelle les participants se soumettent à des "percements" — des incisions faites dans le dos, les épaules ou la poitrine dans lesquelles sont introduites des broches en os ou en bois qui devront ensuite être arrachées par un effort violent qui déchire la chair —.

    C'est au pied de l'arbre qu'ont lieu les percements. Pour cela Crow Dog se fait assister de plusieurs hommes-médecine. Une fois percé, le danseur fait plusieurs fois le tour du cercle au petit trot pour exhiber son percement, suivi de la famille et des amis venus le soutenir dans l'épreuve. Il cherche ensuite la corde en Y qu'il va attacher à ses broches avant de se mettre à danser en exerçant des tractions qui finiront par le libérer. D'autres choisissent pour accélérer le processus de recourir à un petit cheval noir qui caracole au milieu de la foule multicolore qui a envahi le cercle. Accroché à la corde, il s'écarte rapidement de l'arbre, libérant le participant d'un coup sec. Un colosse s'est pour sa part fait suspendre dans le dos un crâne de bison. Il tourne sur lui-même comme une toupie faisant tournoyer dans les airs le crâne sans pour autant parvenir à le détacher. Enfin, un homme s'est fait suspendre dans l'arbre par ses broches mais, du fait de son poids, le supplice aura été de courte durée.

    Ces épreuves — impressionnantes pour un Européen du XXIe siècle — n'ont pas grand-chose à envier aux passions organisées dans la chrétienté médiévale. En outre, comme l'explique très bien Archie Fire Lame Deer dans son livre Le Cercle sacré, la perception de la douleur dépend de la force de la foi et de l'extase. "Une fois," écrit-il, "un jeune homme m'a raconté : "Mon oncle, j'étais dans un autre monde, un monde très beau. Je n'ai même pas senti que je me libérais. Aucune douleur mais une immense joie"." Mary Crow Dog écrit également dans Lakota Woman : "Il suffit de regarder leurs yeux et leurs visages pour voir qu'ils sont en état de transe. Je me suis percée aussi, poursuit-elle. Je n'ai ressenti aucune douleur car j'étais possédée."

    Le dernier jour de la Danse est arrivé. Après les ultimes percements, tous les danseurs — ils sont plus de deux cents — quittent le Cercle comme ils y étaient arrivés le premier jour. A l'extérieur de l'arbor, ils serrent la main de chacun des spectateurs venus les encourager pendant ces quatre jours. C'est un moment très fort, comme s'ils communiquaient aux spectateurs un peu de leur incroyable énergie. Certains semblent encore sous le charme de la musique et des rythmes, comme absents. Pour les accompagnateurs, c'est l'occasion d'un contact personnel avec ces Indiens jusqu'ici aperçus de loin — leurs sourires, leurs regards perçants ou timides, autant que leur poignée de main révèlent la personnalité de chacun.

     

    En pratiqueDakota mode d'emploi

    Leonard Crow Dog n'accueille pas de spectateurs, et la Réserve de Rosebud a pour politique de ne pas communiquer les dates et les lieux où se déroulent les Danses du Soleil. Pour se consoler, les amateurs de Culture Indienne pourront faire un pèlerinage sur la Réserve de Pine Ridge, où est situé Wounded Knee, doublement célèbre. En 1890, ce lieu vit le massacre de 300 Lakota par l'armée américaine et il fut occupé pendant plusieurs semaines en 1973, par l'American Indian Movement. Le parc des Badlands, juste au Nord de la Réserve de Pine Ridge, mérite le déplacement avec ses paysages lunaires. A l'est de l'État, ne pas manquer non plus, dans les Black Hills, le Custer State Park et ses troupeaux de bisons en liberté qui donne une idée de ce que pouvaient être les paysages des Grandes Plaines avant la conquête par les Blancs. Il est tout proche du Mount Rushmore National Memorial où sont sculptées dans la roche les têtes de quatre Présidents des Etats-Unis.

     

    A lire

    "Le Cercle sacré, Mémoires d'un Homme Médecine Sioux" Édition de poche Albin Michel - Terre Indienne
    Le destin hors du commun de l'homme-médecine Archie Fire Lame Deer tel qu'il le retrace avec beaucoup d'humour.

    "Lakota Woman, Ma Vie de Femme Sioux" - Mary Crow Dog - Éditions Albin Michel - Terre Indienne
    Un point de vue féminin, sans concession.

    "Rêveurs de tonnerre, À la Rencontre des Sioux Lakota" - Maurice Rebeix, Photographe - Éditions Albin Michel - Terre Indienne
    Enfin, pour ceux qui veulent voir le monde Lakota en images, Maurice Rebeix porte un regard très juste.

     

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